- Thomas
Et oui, avoir la responsabilité d'un autre petit humain, c'est génial, mais aussi épuisant parfois. Alors nous avons décidé de vous accompagner dans cette grosse étape avec notre nouveau podcast Faites des gosses. Un podcast rendu possible grâce au soutien des viands, l'eau pure et naturelle parfaitement adaptée à l'hydratation des bébés, alliés des parents depuis plus de 50 ans et qui vous accompagnent dans une parentalité vraie et décomplexée. Un peu comme ce podcast, finalement. Alors, profitez de votre épisode, on vous assure que ça va bien se passer. Juste, rien comme prévu. Merci à Evian pour leur soutien et bonne écoute. Vous savez quel âge quand tu as eu tout le monde ? Je pensais à 3,
- Speaker #2
4,
- Thomas
5 ans. Donc c'était un enfant, on peut s'en politiser.
- Speaker #2
Je pense que oui. Comme elle semble à l'école,
- Thomas
à la télévision,
- Speaker #2
au radio. Et toi,
- Thomas
ça t'aurait pu porter à voir Giscard dans le coin de l'échoir ?
- Speaker #2
À Melba. Maintenant, c'est à Melba.
- Thomas
Je voudrais vous parler de quelqu'un. Pas de Giscard, le doudou de droite d'Antoine que vous venez d'entendre, mais de Gaspard. Je crois que Gaspard est mon plus vieil ami. Il a été d'une fidélité à toute épreuve. Il était là quand j'ai eu mon bac, quand je me suis fait larguer, il m'a vu dormir des milliers de fois la bouche ouverte, et il m'a ramassé à la petite cuillère quand je rentrais de soirée un peu trop éméchée. On vous a déjà demandé ce que vous emporteriez avec vous si votre maison brûlait ? Eh bien moi, ça serait probablement mon fils, mon portable et Gaspard. Gaspard, c'est donc mon doudou. Je l'ai eu le jour de ma naissance. À l'époque, c'était un gros lapin rose avec une boîte à musique dans les fesses. Aujourd'hui, je parlerais plus d'un petit lapin gris avec des trous et un seul œil. Un vieux monsieur, quoi. Tous les ans, il passe sur le billard. Je le recoue soigneusement pour lui refaire une beauté et lui permettre de survivre l'année suivante. Le doudou d'Oscar s'appelle Nanou, c'est un petit âne gris d'environ 15 cm, il est tout doux. C'est un petit lapin qui n'a pas de nom pour l'instant, donc on l'appelle Lapin.
- Speaker #0
Le doudou d'Alice a un renard qui s'appelle Doudou, il est orange et il a quatre autres exemplaires qui sont planqués dans les tiroirs au cas où on...
- Thomas
On égare l'exemplaire numéro 1.
- Speaker #0
Eh bien,
- Thomas
le doudou de mon enfance, c'est un lapin vert qui s'appelle doudou-lapin,
- Speaker #0
ou juste doudou,
- Thomas
ou parfois juste pinpin. Alors Alma, elle a deux doudous. Elle a un vieux chiffon rose qui s'appelle doudou, et un lapin blanc qui s'appelle lapin. Donc ça fait doudou-lapin. À quoi sert un doudou ? La réponse peut avoir l'air d'être dans la question. Mais le sujet n'est pas du tout anodin, à tel point que plusieurs scientifiques français, des universités de Montpellier, d'Aix-Marseille, du CNRS, de l'IRD et de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, se sont penchés sur la question. Leur publication scientifique vient de paraître dans le Journal of Positive Psychology. On y apprend notamment que Gaspard n'est pas un cas isolé, puisque près d'un adulte sur deux aurait conservé la peluche de son enfance.
- Speaker #2
Ça fait beaucoup !
- Thomas
Pourquoi Gaspard, Nanou, Lapin, Pimpin et Doudou sont bien plus que des petites peluches qui sentent l'éponge ? Quelles fonctions ils remplissent auprès des enfants ? Je suis Marine Revol, bienvenue dans Faites des gosses ! Wow, c'est dégueu.
- Speaker #2
Alors, le mot doudou, c'est un mot très connu qu'on peut tous employer. Mais ce qui est important pour comprendre ce qu'est un doudou, c'est déjà de différencier celui qu'on peut trouver un peu n'importe où, qu'on peut acheter dans plein d'endroits, et que j'aime un peu appeler un prêt-à-doudou, quelque chose qui est prêt à être investi par l'enfant. Alors que le doudou, dans le langage un peu plus psychologique, c'est surtout un... Un objet sur lequel l'enfant va investir quelque chose de très particulier, va créer un lien spécifique avec. Et donc, il faut différencier le doudou, mot un peu générique qu'on appelle, du doudou, celui qui va être vraiment un objet très particulier pour l'enfant, qui va lui servir à affronter plein de situations un peu angoissantes et plein de situations de la vie de tous les jours.
- Thomas
Adrien Blanc est psychologue clinicien en centre médico-psychologique auprès d'enfants et d'adolescents et enseignant et chercheur en psychanalyse et psychologie à l'Université de Paris et au Centre de formation Saint-Honoré. Il est aussi l'auteur du livre Mon doudou, l'objet transitionnel qui fait grandir Est-ce que ça a toujours existé ou est-ce que c'est une invention moderne le doudou ?
- Speaker #2
Le doudou un peu commercial, un peu pensé par des marketeurs, etc. C'est quelque chose d'assez moderne. Même dans le domaine de la psychologie, c'est assez récent, c'est avec Donald Winnicott, qui était un pédiatre et psychanalyste britannique.
- Thomas
Donald Winnicott revient souvent ici. Alors faisons un point. C'est donc une figure majeure de la psychanalyse de l'enfance, du début du XXe siècle. Il est notamment connu pour son best-seller La mère suffisamment bonne Ses principales recherches portent sur l'interaction entre un sujet naissant, le bébé, et son entourage. Il s'est donc, entre autres, intéressé à l'objet transitionnel, le pouce, le doudou peluche ou le goût de couverture. Ma fille ne peut pas s'endormir sans son doudou !
- Speaker #2
Donc le doudou, en tant qu'existence un peu matérielle, concrète, repérée comme telle, est relativement récent. Mais le fait que les enfants investissent des choses de leur environnement pour se rassurer, pour appréhender le monde, pour comprendre certaines choses, ça existe depuis que des bébés existent.
- Thomas
Ça veut dire qu'en fait, le doudou, ce n'est pas forcément une peluche.
- Speaker #2
Effectivement, le doudou, ce n'est pas forcément une peluche. Mais les doudous, qu'on appelle un peu plus des objets transitionnels, voire même des phénomènes transitionnels, parce qu'ils n'ont pas tous une existence très concrète, sont des objets, des choses sur lesquelles l'enfant peut s'accrocher face à des situations un peu difficiles. Par exemple, il y a des enfants, avant de s'endormir, ils vont se riturer l'oreille, ils vont réciter un son qu'ils ont entendu dans la journée. ils vont prendre un coin de leur couette et la tapoter. Ou, dans certains cas, ils vont effectivement prendre la peluche, le doudou qui a été posé dans leur lit à ce moment-là. Mais ce qui est important, c'est surtout de se rendre compte de ce sur quoi l'enfant s'appuie pour ses moments de séparation, ses moments d'endormissement, plus que se dire parce que j'ai mis le doudou là, ça sera forcément ça qui sera choisi par l'enfant J'ai rien que de ce que c'était ça,
- Thomas
attention ! Si tu pouvais faire un départ, toi, avec tout. Peut-être un peu, pourquoi ? Mon doudou ressemble à un torchon ! Mais un torchon, ça n'a pas de trous ! Ça peut avoir des trous. Oui, mais bon, ça n'a pas des trous avec des coutures. Pour Adèle, ma petite cousine, c'est donc un morceau de gruyère en tissu jaune avec des trous, ce que Winnicott appelle un objet transitionnel, c'est-à-dire un phénomène transitionnel parmi d'autres. C'est sûr que c'est un torchon de qualité. C'est un doudou de qualité. Comme l'a dit Adrien Blanc, ce sont toutes ces choses qui servent à nous rassurer et qui nous permettent de tisser un lien créatif et magique avec le monde.
- Speaker #2
Et si le doudou s'appelle objet transitionnel, déjà le côté objet, c'est parce qu'il a une existence concrète, matérielle, sensorielle, palpable. Vous comme moi, on peut le voir, c'est quelque chose qui n'existe pas que dans notre tête comme une pensée, c'est quelque chose qui existe concrètement. Et le côté transitionnel, c'est le fait qu'il permet des échanges. Et ce mot échange peut paraître un peu particulier, mais c'est vraiment des échanges entre ce qu'on appelle différentes formes de réalité, par exemple entre l'objet concret lui-même et ce que l'enfant va vivre dans sa relation à lui. Pour le dire de manière plus simple, le fait que prendre un doudou dans nos bras ou contre nous nous rassure quand on a peur, en absolu, ça n'appartient ni à l'enfant, ni au doudou, mais bien à la relation qu'ils ont créée entre les deux. Et c'est cette relation, cet échange-là qui est transitionnel. Pour le comprendre un peu avec nos mots d'adultes, par exemple, le principe même d'un roman, c'est qu'il existe dans ce qu'on appelle la réalité extérieure. C'est-à-dire que ça existe indépendamment de nous. Mais il faut commencer à créer un rapport avec. C'est-à-dire qu'il faut commencer à le lire, à le parcourir, à vivre quelque chose avec l'histoire. On va en ressentir quelque chose qui, en vrai, dépend. ni du livre à 100%, ni de nous à 100%. On ne peut pas exactement savoir comment ça se mélange, mais au moment où ça se mélange, on ressent quelque chose, on vit quelque chose, on peut ressentir de la tristesse par rapport à ce qui arrive à un personnage, ou de la joie par rapport à ce qui arrive à un autre. Et ça, c'est un côté un peu magique, un peu créatif qu'on a dans cette expérience-là. Et donc, à ce moment-là, c'est une expérience transitionnelle parce que le livre en lui-même, il n'a pas changé. Nous, en nous-mêmes, on n'a pas absolument changé. Mais après cette expérience, le livre ne sera plus tout à fait le même. Et nous, on ne sera plus tout à fait la même personne non plus. Donc ça, c'est un phénomène transitionnel. Et quand l'enfant joue avec son doudou, c'est la même chose qui se produit.
- Thomas
Bonsoir à tout le monde, alors. Bonsoir, la chambre. Bonsoir, la dame qui dit chute. Je ne sais pas si vous vous rappelez de Bonsoir Lune, le livre dont je vous parlais dans l'épisode sur les histoires qu'on lit aux enfants. Un livre dans lequel un petit lapin dit bonsoir à tous les objets de la maison avant de s'endormir. C'est le même processus. Le doudou est là pour rappeler à l'enfant que malgré les angoisses, les séparations, le passage du canapé au lit, certaines choses restent constantes. Et bonsoir les bruits de la terre. Et bonsoir le feu, c'est chaud.
- Speaker #2
C'est ça, c'est-à-dire que l'objet ou d'autres rituels, mais en tout cas un quelque chose qui, au niveau sensoriel, au niveau perceptif, va pouvoir durer dans le temps et se retrouver un peu à l'identique. Parce que ce qui fait peur aux êtres humains quand ils vivent des moments de séparation, c'est qu'au moment où on se retrouve, les choses pourraient ne plus être pareilles, que la personne pourrait ne plus... ne plus se comporter pareil, ne plus nous regarder de la même manière, ne plus se ressentir de la même manière. L'avantage des phénomènes transitionnels, c'est que c'est des choses qu'on contrôle sans se rendre compte qu'on les contrôle. Donc s'ils restent stables dans le temps, la même odeur, la même sensation, la même texture, en fait on a cette illusion qui nous rassure que les choses restent pareilles, que les choses ne changent pas quand on se sépare. Et c'est quelque chose de tout ça qui s'élabore petit à petit pour l'enfant. Donc ce n'est pas tant que ça va lui rappeler papa, maman ou la maison. qu'en fait, lui rappeler une sensation, une odeur, lui rappeler que ça peut ne pas changer, et ça va l'aider à se rassurer intérieurement que même si l'autre n'est pas là, on va pouvoir se retrouver correctement après. Faites des gosses !
- Thomas
Bonjour ! Faites des gosses !
- Speaker #2
Bonjour ! Faites des gosses ! Bonjour !
- Thomas
Tu vas chercher ton doudou ? Ce que j'ai compris jusqu'ici, c'est que le doudou a une fonction concrète auprès des enfants, qui leur permet d'évoluer dans leur journée et de traverser leur début de vie avec un plus grand sentiment de sécurité. Et que même s'il n'a pas de doudou au sens commercial du terme, il va se tourner vers d'autres objets de son environnement auxquels il donnera la même fonction. Son pouce, un coin de son oreille, une comptine qu'il va réciter. Mais j'ai aussi appris que le doudou développe des compétences psychiques et relationnelles chez l'enfant. Par exemple, ils sont la première expérience de propriété d'un enfant, et donc le premier objet dont ils ont la responsabilité.
- Speaker #2
Oui, c'est-à-dire qu'effectivement, on dit souvent que c'est un peu sa première possession. Ce n'est pas dans le sens, bien évidemment, qu'il l'a acheté, que c'est à lui, etc. Mais c'est pour une des premières fois dans son environnement. Il va discriminer différents objets et avoir la sensation que celui-là, c'est à lui, que celui-là, il le contrôle et qu'il a aussi un peu un pouvoir un peu magique dessus, même s'il ne s'en rend, lui, pas totalement compte. Et l'effet intéressant aussi de ce sentiment de propriété, c'est que ça vient aussi créer un effet chez les parents et sur les professionnels. C'est-à-dire qu'assez vite, les parents vont le repérer, les parents vont le penser. Les parents vont essayer le mieux qu'ils peuvent de respecter le lien qu'a cet enfant avec cet objet. Et donc, ça va faire un effet général sur tout le monde, en fait. Mais ce qu'il faut se rendre compte, c'est qu'en faisant ça, en fait, ça lui permet aussi de mieux faire la différence entre ce qui se passe dans sa tête, ce qui se passe à l'extérieur et ce qui se passe dans les interactions. Donc, en fait, ça développe à la fois des compétences psychiques pour pouvoir penser les événements, penser les liens, penser ce qui lui arrive, mais aussi... des compétences relationnelles, dans le sens de mieux comprendre les interactions et mieux comprendre ce qui se passe dans le monde.
- Thomas
Le problème avec les choses qui ont du pouvoir, c'est qu'on peut les perdre. Avoir habitué son enfant à vivre avec un doudou, c'est faire face à la terrible et intolérable perspective de le voir disparaître. Quand j'étais petite, quelqu'un a confondu Appa, la terrifiante poupée doudou de mon petit frère, avec un vieux torchon. Et la mise à la poubelle. Mes parents ont passé une partie de la nuit là-dedans. tête dans les ordures, dans l'espoir de la retrouver. Ce que m'explique Adrien Blanc, c'est qu'on a tendance à trop dramatiser ce type d'expérience. Selon lui, la perte d'un doudou fait partie des épreuves constructives pour un enfant. L'important, selon lui, c'est de l'accompagner dans la solution que l'on aura trouvée pour pallier la perte. Cela peut par exemple être de proposer à un enfant d'aller lui-même choisir un nouveau doudou dans un magasin. Et cela s'applique à toutes les situations qui impliquent une séparation, temporaire ou non. avec le doudou.
- Speaker #2
C'est comme si on veut le laver ou qu'il a besoin d'être réparé. On le fait pas de manière magique pendant qu'il dort. On va essayer de l'associer à l'expérience, de lui expliquer que là, l'odeur, ça ne va pas. Maman, elle aimerait bien le laver et d'accompagner le processus. Comme quand il faut le réparer. C'est comme toutes ces peluches qu'on a pu tous avoir avec un oeil qui part, une oreille un peu arrachée ou quoi que ce soit. Si on nous la répare de manière magique, on n'est pas content. C'est-à-dire qu'on a envie d'être associé à l'expérience qu'on va y vivre, parce que sinon, ça fait un côté... que ce lien qu'on contrôle, c'est quelqu'un d'autre qui a pu agir dessus et ce n'est plus nous qui avons le contrôle dessus. Donc ça peut faire des sensations parfois un peu étranges pour l'enfant et mettre des flottements parfois dans l'investissement qu'il peut avoir sur ces objets-là. Mais bien souvent, malgré tout, sans dramatiser, l'enfant se récupère et retrouve son lien petit à petit avec.
- Thomas
Quand Adrien Blanc conseille de ne pas dramatiser, finalement ce qu'il dit, c'est que la relation d'un enfant à son doudou est presque un enjeu plus important pour les adultes que pour les enfants. Essayez de vous rappeler combien de doudous vous avez reçus à la naissance de votre enfant. Probablement plus que de choses dont vous aviez réellement besoin pour votre enfant. Et derrière chaque doudou déballé, il y a l'espoir pour la personne qui l'offre que cet objet devienne le doudou officiel de votre enfant. Gaspard a une place tellement spéciale dans ma vie que je n'ai jamais envisagé la possibilité que mon fils ne connaisse pas la même chose. Avant sa naissance, Bien avant, pour être honnête, nous avons choisi un doudou qu'on a même acheté en double et nous l'avons mis dans son berceau dès la maternité. Chez nous, c'est un délicieux singe que nous avons appelé macaque, mais qu'il s'obstine à appeler doudou.
- Speaker #2
Le doudou, il peut effectivement avoir d'une certaine manière une fonction vers les adultes parce que bien souvent, surtout à notre époque où les parents se renseignent de plus en plus, ont envie de découvrir de plus en plus comment fonctionne l'enfant, comment fonctionne leur pensée, comment le rassurer. Bien souvent, les parents ont repéré qu'un doudou, qu'un objet transitionnel pouvait être important, des fois même bien avant que l'enfant s'en saisisse. Et donc effectivement, ça peut aussi rassurer les parents de savoir que l'enfant garde quelque chose de la maison quand ils en sont séparés.
- Thomas
J'ai repensé à Laetitia et sa collection de doudous de secours.
- Speaker #0
Il a quatre autres exemplaires qui sont planqués dans les tiroirs au cas où on... On égare l'exemplaire numéro un.
- Speaker #2
Quand on en achète plusieurs, je me demande qui est le plus angoissé entre le parent et l'enfant. Mais la plupart des parents, on le sait bien, on veut bien faire, on veut le faire le maximum pour son enfant. Mais donner plusieurs doudous à son enfant, on a acheté plusieurs, c'est un peu d'une certaine manière nier le fait qu'il y en avait six-un de manière spécifique. Ça serait comme, tiens, je te donne plusieurs mamans au cas où il y en a une qui disparaisse. Ça ne marche pas, il sait bien que ce n'est pas une maman de remplacement, ce n'est jamais la vraie maman non plus. Et le doudou, c'est un peu pareil. Mais je me rappelle d'une anecdote, les parents en avaient acheté plusieurs. Et ce qui était assez drôle, c'est qu'en fait, l'enfant, il en avait un dans son berceau, il en avait un autre dans l'endroit où il jouait, et un autre à un autre endroit. Mais en fait, l'enfant savait lequel était à quel endroit, parce qu'à force de jouer avec, il n'avait pas exactement la même odeur, il n'avait pas exactement la même sensation. Donc en fait, l'enfant le savait que ce n'était pas le même. Donc bien souvent, quand il y en a plusieurs, soit il va quand même en investir qu'un et l'autre ne fonctionnera pas, ou alors ils auront souvent ce qu'on appelle des fonctions transitionnelles un peu partielles, c'est-à-dire que certains vont servir plutôt certaines situations spécifiques que d'autres et être un peu moins globales. Donc soit on se crée le problème d'avoir plus de doudou à gérer, soit on se crée le problème de pallier la peur de le perdre, sauf que si on le perd et qu'on en donne un autre, c'est quand même pas le même. C'est comme l'histoire du poisson rouge qu'on change dans le bocal. L'enfant, au fond, il sait bien que ce n'est pas le même poisson rouge parce que ce n'est pas exactement la même couleur, il ne va pas exactement nager de la même manière, il ne va pas exactement avoir le même répondant.
- Thomas
Les parents ne sont pas les seuls à se mettre la pression sur le doudou. À la crèche ou chez l'assistante maternelle, on demande systématiquement Est-ce que l'enfant a un doudou ? Pour les institutions et pour les parents, c'est un objet dont l'existence n'est pas négociable.
- Speaker #2
Je pense que ce n'est pas que les professionnels ne savent pas faire son doudou, mais qu'il y a quand même quelque chose maintenant de plus en plus présent dans la formation qui peut les amener à savoir que ces objets sont importants, que l'enfant met un lien très particulier dessus. Et c'est un peu de se dire que ça pourrait les aider à gérer autant d'enfants toute une journée quand on sait que le nombre de professionnels n'est pas toujours suffisant par rapport au nombre d'enfants. Mais bien souvent, ce n'est pas qu'ils ont en tête qu'il y a... que ça, mais ils ont vraiment en tête que c'est quelque chose d'essentiel. Je me rappelle d'une anecdote où les parents étaient venus préparer à la question, quel est le doudou de l'enfant ? Ils donnent le doudou, tout se passe bien dans cet entretien-là, et pendant la période de familiarisation où l'enfant va se retrouver quelque temps sans le parent, les professeurs sont un peu embêtés parce que l'enfant a l'air d'en avoir rien à faire de cet objet, comme s'il ne le connaissait pas vraiment, ce qui peut des fois dérouter un peu. Et en analyse de pratique, en discutant un peu avec les professionnels à ce moment-là, je leur dis mais est-ce que vous avez discuté avec les parents ? Non pas. de est-ce qu'il a un doudou, est-ce qu'il a cet objet transitionnel, mais plutôt comment se passe l'endormissement, comment se passent les rituels à la maison, quelles sont nos habitudes, parce que dans nos petites habitudes, dans nos petits rituels, se cachent plein de phénomènes transitionnels qu'on ne repère pas toujours. Et le moment assez drôle, qui était un peu gênant pour les parents, mais qui avait été un peu dédramatisé, c'était le moment où on se rendait compte qu'en fait, ils savaient qu'on allait poser cette question-là, ils avaient un peu peur de ne pas avoir la place en crèche, et en fait, ils avaient acheté un doudou juste avant ce rendez-vous-là. mais qui était effectivement un objet que l'enfant ne connaissait de nulle part.
- Thomas
Vous sauriez dire à quel âge vous n'avez plus eu besoin de votre doudou ? Autour de moi, les réponses sont floues, comme toute cette période entre 0 et 6 ans. On a des flashs, des bribes de conversation, des émotions dont on se rappelle comme si c'était hier. Mais il est souvent compliqué de poser un âge sur un souvenir. Pourtant, il y a un moment où la plupart des enfants... et je dis bien la plupart, vont peu à peu se détacher de leur doudou. C'est moche, mais c'est normal. Le doudou a lui aussi un cycle de vie. C'est une étape parfois plus difficile pour les parents que pour l'enfant.
- Speaker #2
Je me rappelle une anecdote, parce que quand on écrit un livre sur les doudous, les gens nous racontent tous leurs anecdotes sur leurs doudous, mais d'une de mes collègues psy qui accueillait un jeune enfant de 5-6 ans et qu'a priori, selon les parents, c'était insupportable le lien qu'il avait avec son doudou, qu'il l'avait tout le temps, qu'il le traînait tout le temps, etc. Et ce qui était assez drôle, c'était que pendant les moments d'entretien thérapeutique où il jouait, l'enfant cachait son doudou au fond du coffre. à jouer de la psy pour ne pas le ramener. Paradoxalement, l'enfant cherchait à s'en débarrasser, mais les parents, tellement persuadés que l'enfant ne pouvait pas s'en passer, qu'ils le ramenaient tout le temps. Et un peu, l'enfant gardait le doudou pour faire plaisir aux parents, mais en fait, il n'en avait plus besoin. Et à force qu'ils le perdent, entre guillemets, plusieurs fois chez la psy, ils n'avaient fini pas à pouvoir aborder le fait que, en fait, la difficulté de séparation, ce coup-ci, même si on la porte toujours à deux, elle est peut-être un poil plus portée du côté des parents, à ce moment-là, qui avaient du mal à voir leur enfant grandir. Mais on pourrait prendre mille occasions où parfois les parents veulent faire grandir l'enfant trop vite et il lui retire alors qu'il en a encore besoin. La plupart du temps, l'enfant sait le gérer. Si on l'accueille et qu'on observe un peu, ça passe un peu tout seul. Et la plupart des enfants, mais pas tous, finissent par l'oublier. Pas dans le sens refouler, tomber dans l'inconscient ou quoi. C'est juste qu'on va arrêter d'y penser. Mais bien souvent, les enfants peuvent les ressortir quand ils vont être malades, quand ils auront passé une mauvaise journée, parce que quand même avoir... Un câlin avec, ça fait quand même du bien. Certains adolescents peuvent le ressortir après une rupture amoureuse ou une engueulade avec leurs parents. Certains adultes continuent de l'avoir dans leur lit pour s'endormir, même si pour autant, ils ne seraient pas complètement en panique s'ils devaient dormir un jour sans. Et de plus en plus, aussi en maison de retraite ou autre, on retrouve des personnes âgées qui ont envie de retrouver aussi ce doudou, sans même toujours s'en rendre compte, pour accompagner la dernière grande séparation.
- Thomas
Vous avez un doudou, vous ?
- Speaker #2
J'en ai eu un, mais il a été assez vite oublié et assez vite relégué au lit jusqu'à l'âge primaire à peu près. Il a peut-être été ressorti quelques fois dans des moments compliqués adolescents, mais pas plus loin. Par contre, ce qui est essentiel, c'est qu'un peu comme on le disait tout à l'heure, on peut ne plus l'avoir, mais pour autant, c'est qu'il y a d'autres phénomènes qui ont pris le relais. Par exemple, même les gens qui n'ont plus de... Dans leur chambre quand ils dorment Ils ont leur oreiller qu'ils vont mettre dans une certaine position La couette qu'ils vont positionner d'une certaine manière Leur corps qu'ils vont mettre dans un certain sens Au point même de se persuader que quand ils dorment pas chez eux Que comme c'est pas les mêmes sensations, on n'arrive pas à dormir aussi bien C'est pas que le matelas chez les autres il est toujours moins bien C'est parce qu'on retrouve pas nos sensations On retrouve pas nos repères habituels
- Thomas
On a toujours besoin d'un doudou en fait Même quand on a plus de doudou C'est ça
- Speaker #2
C'est ça, on a toute notre vie des phénomènes transitionnels qui nous permettent de supporter certaines choses de la vie sur lesquelles on n'a pas forcément de contrôle.
- Thomas
Je suis Marine Revol et vous venez d'écouter Faites des gosses. Dans le prochain épisode, on parlera d'autorité et d'éducation positive. Cet épisode a été réalisé par Anna Bui. La musique a été composée par Jean Tévenin. Si vous aimez ce podcast, dites-le-nous avec plein d'étoiles et de commentaires et envoyez-nous vos questions et vos remarques à hello.luimedia.com.
- Speaker #0
Bonjour, c'est Zoé Delouis. Si vous êtes jeune parent ou que vous vous apprêtez à devenir parent, vous avez sûrement encore plein de questions. C'est pour ça que nous sommes ravis de vous parler de notre partenaire, l'application May. Et nous avons une petite surprise pour vous à la fin de ce message. May, c'est l'app numéro 1 chez les parents. C'est une application qui vous donne accès à une équipe médicale aux petits soins pour vous et disponible 7 jours sur 7, de 8h à 22h par chat. May, c'est aussi une vraie mine d'or en termes d'infos. Vous avez accès à plein de contenus pensés par des professionnels, à lire et à écouter pour vous accompagner à chaque étape de votre parentalité. Chez Louis Média par exemple, Mélissa vient de devenir maman et elle utilise quotidiennement May pour avoir des réponses à toutes ses questions. Alors pour ne plus jamais rester seule avec un doute ou une question, rendez-vous sur l'application May, M-A-Y, à télécharger sur App Store ou sur Google Play. Et comme on pense à vous, si vous venez de notre part, avec le code GOSS, G-O-S-S-E-S, Vous avez 20% de réduction sur l'abonnement. A très vite !